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jeudi 22 novembre 2007

Désert, chameaux et motos

En Inde, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas! Depuis mon dernier article, bien des choses se sont passées. Entre autres, 10 jours de voyage au Rajasthan, la visite de Valérie Pécresse à l'ambassade français, la fête indienne de Diwali, l'arrivée d'un nouveau francophone, quelques visites à Delhi, le départ de Nico et un week-end à Pushkar où se déroulait la foire aux chameaux. N'ayez pas peur : pas d'article-mammouth en vue, je prendrai les sujets les uns après les autres.

Rajasthan, donc. A grande région, grand article néanmoins : l'état fait 8 fois la Suisse.

Wassim, Nico, Antonin et moi sommes partis à la mi-octobre pour le soi-disant mid-semester break suivant les minors tests 2. En français, 4 jours de congé qu'on a un peu rallongé. J'ai rejoint les 3 joyeux drilles à Jodhpur, la "ville bleue". La ville est touristique, mais pas trop : on se perd facilement dans les petites rues désordonnées qui forment la vieille ville et qui attirent moins le touriste que le must see de la ville : le Meherangarh, fort commencé au 16e siècle, siège des Rajputs et des maharadjahs, perché sur sa colline rocailleuse et jamais violé par l'ennemi en 500 ans.


Pour la petite histoire, il y a toujours un maharadjah à Jodhpur, qui se consacre maintenant à la culture et à la sauvegarde du patrimoine. Sa fille a étudié à Londres et a dit à son papa : "Ici, dans les musées, les audioguides sont géniaux." Raison suffisante pour en installer un dans le fort. La qualité était au rendez-vous : en dehors du fort lui-même, plein d'anecdotes sur les Rajputs, les seigneurs de l'époque qui devaient choisir entre la victoire où la mort sous peine de trouver porte close en revenant, la consommation d'opium à l'époque, les alliances avec les empereurs moghols et bien d'autres. Pour la suite, il vaut mieux regarder les photos!

La prochaine étape était le safari en chameaux à Osiyan, non loin de Jodhpur. Résumé en quelques points de ces 2 jours à 4 pattes, avec un compagnon à 2 pattes en plus, Tim l'Allemand.


1) Ces bébêtes n'ont qu'une seule bosse, mais par confort, je les appelle chameaux.
2) On était dans un "demi-désert" : la végétation sèche était partout présente, par endroit il y avait même des champs quasi-verdoyants. Ce n'était pas plus mal : tantôt on était au milieu de nulle parts et tantôt on voyait les paysans travailler, les villages et les maisons en torchis.
3) Ces bébêtes sont... hautes! Même après 2 jours et de nombreux démarrages, c'est toujours aussi impressionnant quand la machine se met en marche et nous balance d'avant en arrière.
4) En octobre au Rajasthan, il fait encore plus de 30 degrés la journée et au soleil, on rôtit doucement, mais rôtit quand même! Crème solaire indice 50 et turbans étaient de mise!
5) Ces bébêtes font mal au derrière, et après 2 jours, on se dit que c'est juste ce qu'il fallait!


Après un crochet par Jodhpur, on entame le gros morceau : un grand tour en moto pour visiter Jaisalmer, Bikaner et Nagaur. La prise en main était moins pénible que dans les montagnes : j'ai commencé sur une moto toute neuve, à peine rodée, avec de l'électronique en prime! L'autre moto était une Enfield à l'humeur plus variable, mais pétaradante à souhait. Les routes au Rajasthan sont dans un état étonnamment bon : marquage au sol, pratiquement pas d'ornières et largeur de correcte à confortable. Le contraire de la Spiti Valley! Quant au désert, c'est tout le paradoxe indien résumé en quelques grains : à la fois on est au milieu de nulle part, à la fois il y a toujours quelqu'un pour sortir de nulle part et pour travailler dans les champs venir nous parler.


La première étape avant Jaisalmer était Phalodi, la ville maudite : ville-fantôme dès la tombée de la nuit, hôtels chers et sales, un seul boui-boui dans toute la ville pour souper. C'est là-bas que Nico s'est retrouvé avec la jambe coincée dans une rigole au contenu peu ragoûtant. Je vous laisse trouver la photo correspondante... Après avoir fait tous les hôtels de la ville, on prend le moins cher vu que tous les établissements budget sont crades de toute façon. Ils nous promettent de nettoyer pendant notre repas, ce qu'il ne font évidemment pas... Ce soir-là on a touché le fond.



Le lendemain, après quelques lignes droites de plusieurs kilomètres comme elles n'existent pas en Suisse, on arrive à Jaisalmer. Sur la colline au milieu de la ville on voit comme un immense château de sable : les bastions semblent être des pâtés de sable construits avec un seau, comme à la plage. La vue depuis les terrasses évoque Aladin ou les Mille et Unes Nuits. La ville abrite des vieilles maisons aux balcons richement taillés, les havelis. Dans la citadelle se trouvent un palais que nous n'avons pas visité, deux temples jaïns aux sculptures époustouflantes et d'agréables petites rues débouchant sur les bastions qui offrent une vue imprenable sur la ville. Bref, l'endroit est un must. C'est donc également Touristland, ou plutôt le pays des Touristes Français : le Rajasthan est une destination de prédilection des Français et les marchands se sont adaptés. On se fait ainsi plus haranguer en français qu'en anglais et les phrases sont parfois évoluées : "Bonjour Missieur!! Entrez, le shopping c'est bon pour la santé!". Malgré cela, la ville est à ne pas rater!


Après un jour et demi passés dans la ville jaune, nous sommes partis vers Bikaner. L'étape est assez longue et on décide de ne pas prendre la grande route. Pas de chance : la région était proche du Pakistan, l'endroit est bien militarisé et surveillé et certaines routes sont interdites aux étrangers, ce qui nous a valu un aller-retour de 100 bornes pour rien... Après quelques péripéties en fin d'étape (le phare avant de la Enfield a lâché...) et l'arrière-train endolori, on arrive à Bikaner, la ville de la poussière. Il y a un palais et un temple jaïn plutôt sympas, mais ce sont surtout les marchés qui nous ont séduits : le marché aux légumes est superbe et le coin des teinturiers vaut le détour. Après à nouveau un jour et demi, on part pour l'objectif qui a justifié le détour par Bikaner, ville moins touristique.


Le temple des rats.

Oui, vous avez bien entendu. Pour les oreilles sensibles, c'est le Karni Mata Temple. Un mythe plutôt obscur explique que les rats y soient vénérés et que ce soit un lieu de pèlerinage. On dit que manger de la nourriture couverte de salive de rat apporte la bonne fortune... Le sol était terriblement sale, mes pieds ont viré du blanc au noir et la puanteur était pénible, carrément difficile à supporter pour certains. Les âmes insensibles peuvent cliquer ici pour avoir les images sans l'odeur! L'hindouisme est une religion étrange, très étrange... dont bien des aspects me resteront incompréhensibles.


Prochaine étape, Nagaur. On y va pour le très vieux fort dont le travail de restauration a été primé par l'Unesco. Ce n'est pas époustouflant comme le Meherangarh, mais l'enceinte s'étend largement et respire le calme : on l'a pour nous tous seuls! Pas le moindre touriste, mais des serveurs qui préparent une fête privée en vue de la soirée. Après la visite,puisqu'il faut aussi manger, on trouve un resto au rapport qualité/prix imbattable, on dort, et on part pour la dernière étape, le retour à Jodhpur après 1'100 kilomètres sur 2 roues, où un train nous attend dans la soirée. En remplacement des chips et autres samosas habituels, on prend à l'emporter le meilleur poulet qu'on ait trouvé en Inde pour un repas de maharadjas dans le wagon Sleeper du Mandore Express qui nous ramène à Delhi!


Parce pendant ce temps-là, la vie étudiante continue sur la planète IIT qu'on a quittée et oubliée depuis bien des jours...

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