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vendredi 14 septembre 2007

En moto vers la Spiti Valley

Pas le temps de traîner après les minors tests : il y a 10 jours, lundi à 17h, s'achevait mon dernier examen. A peine 4 heures plus tard, j'embarquais avec Wassim, Ivo, Fred et Antonin dans le bus "Deluxe" qui nous emmènerait en 15 heures vers Manali. Cette ville à 2000 mètres d'altitude au fond de la Kullu Valley est une destination de prédilection des rastas, hippies et autres backpackers, ainsi que des adeptes d'activités en plein air : rafting, pêche, escalade, ski en hiver et bien d'autres. Notre but était différent : louer des motos et accomplir un aller-retour vers la Spiti Valley en 4-5 jours.


Après quelques pérégrinations, des dizaines et des dizaines de touristes aperçus (pourtant ce n'était pas la haute saison...) et à peine moins de vendeurs de tablas (sorte de tambourins indiens ; "Hello my friend! Do you want drums? Vely cheap, good qvality!"), nous avons trouvé des motos pour le lendemain (Yamaha RX100). Le matin, impatients comme des gamins, on prend les motos et après une prise en main... approximative, on attaque notre première étape : le Rohtang Pass, c'est-à-dire 2000 mètres d'ascension pour atteindre 4000 mètres d'altitude, puis redescendre et trouver un gîte pour la nuit suivante.


La route qu'on emprunte est la fameuse route de Manali à Leh (470 kilomètres). C'est la seconde route carrossable la plus haute de monde grâce à son col à 5328 mètres, et son rôle est d'alimenter une grande partie de la région Jammu et Cachemire, dont le Ladakh. Et pourtant, n'allez pas croire que c'est une autoroute : nombreux sont les segments qui ne sont pas goudronnées ou qui ont été goudronnés jadis mais entre temps complètement défoncés par les camions. La route est donc en permanence entretenue, ou plutôt reconstruite : tant que la neige n'empêche pas l'accès, des dizaines de personnes y travaillent continuellement dans des conditions terribles. On y casse les pierres à la pioche, le goudron est chauffé dans des bacs sur la route elle-même et dégage un nuage de fumée noire si épais qu'on ne voit plus le ciel. Puis les ouvriers le répandent sur la route après l'avoir amené en courant dans de petites brouettes et en évitant les véhicules impatients qui slaloment entre les portions de route en travaux. Bien évidemment, aussitôt qu'un secteur est fini, les bus et les gros camions empruntent directement les mètres refaits uniquement en surface. De là, l'entretien permanent n'est plus très étonnant...


Cependant, après le Rohtang Pass, ses yaks et son hamburger le plus haut du monde (enfin, le mien), c'est une autre route qui va nous amener à la Spiti Valley, cette fois-ci sans un pouce de goudron pour les prochains 70 kilomètres à travers la Lahaul Valley. À la croisée des chemins, il se fait un peu tard et dans le minuscule bled s'y trouvant, on nous dit qu'il n'y a pas moyen de dormir sur les 30 prochains kilomètres de route. Sachant que le soleil se coucherait dans une bonne heure et que sur certains tronçons, notre moyenne ne dépasse pas les 15 km/h (cf. les photos pour comprendre), on est un peu embêtés. Finalement on conclut que l'Indien se fout de nous et veut nous faire dormir chez lui ou chez un pote, et on repart en espérant trouver un toit avant la tombée de la nuit. Heureusement, Chhatru, le bled 17 km plus loin se révèle presque aussi minuscule, encore plus paumé, mais plus hospitalier.


On y rencontre une Allemande qui nous conseille de rester dormir dans la daba. Voyant la nuit tomber très vite, on s'y installe. La sympathique dame est une retraitée qui est partie il y a un an vivre en Inde après avoir fini de travailler. Elle a passé 4 mois à Dharamshala (le refuge des Tibétains et du dalaï-lama), s'est convertie au bouddhisme et a vécu une véritable "renaissance" : sa vie n'a jamais été aussi intéressante qu'en Inde. Ses explications sur la santé physique et mentale de vieilles dames dans une gompa (monastère bouddhiste tibétain) pour personnes âgées, qui la plupart du temps ne possèdent rien du tout, lui ont fait marquer quelques points dans sa critique de la mentalité consumériste occidentale.


Après à peine 3 heures de sommeil, à cause du matelas d'environ 5 centimètres d'épaisseur et du froid (on est tout de même à 3700 mètres d'altitude), je profite de me balader à travers les rochers avant le lever du soleil. La Lahaul Valley est moins accueillante que la future Spiti Valley : il y fait moins beau, les couleurs gravitent exclusivement autour du gris et les cailloux y sont énormes. On sent qu'on est dans quelque chose de plus gros que les Alpes : un fleuve plus large et bien plus tumultueux que le Rhône au Valais y coule, les massifs aux alentours en imposent et par endroits, la vallée s'élargit sur plusieurs kilomètres et on se dit que l'endroit est trop grand pour les hommes. Cela dit, malgré la froideur des lieux, le décor est saisissant et superbe.


Dernière étape avant notre but : le Kunzum Pass, à 4500 mètres d'altitude. La route y est belle et difficile. Après de nombreux lacets, on aperçoit enfin la Spiti Valley. Le changement de couleurs est déroutant : alors qu'on roule encore dans le gris, les montagnes au loin sont jaunes, brunes, beiges et ocres, bizarrement striées, comme si on y avait passé un peigne géant. Désormais habitués à l'Inde, on ne s'étonne qu'à peine de la présence d'un temple sur le col.


Après une descente difficile, quelques photos et le pneu crevé d'Ivo, on arrive dans le prochain village (i.e. plus grand que bled), Losar, en espérant trouver de l'essence. Eh oui, c'est beau de rêvasser, mais les motos n'avancent pas toutes seules! Il était clair que malgré les jerricans, nous n'aurions pas assez de réserves pour effecture l'aller-retour. On arrive assez vite à la conclusion que le village n'a pas la moindre goutte de pétrole à offrir. A cause de la crevaison, on se sépare en deux groupes, l'un pour la réparation (Wassim, Ivo et Antonin) et l'autre pour le ravitaillement (Fred et moi). Après le partage de nos dernières réserves d'essence, je repars avec Fred pour une soixantaine de kilomètres en direction de Kaza, où nous attend gentiment une station-service.


La route est fabuleuse, cependant on ne doit pas traîner pour arriver avant la fermeture. Tout se passe bien jusqu'à quelques pertes de puissance de moto : de temps en temps, plus aucune patate, et je dois redémarrer en espérant que ma bécane daigne accélérer. Pourtant, il y a encore de l'essence dans mon réservoir, donc on se met à craindre le problème mécanique qui pourrait sérieusement nous retarder (sans parler de l'absence de réseau pour téléphones dans toute la vallée qui nous empêche de communiquer). Malgré l'absence ponctuelle de puissance, j'arrive heureusement à continuer en légère descente... jusqu'à la dernière montée, 2 km avant Kaza! Et là, plus rien. Après 125 tentatives de démarrage, au kick en roulant, on conclut qu'il faudra finir la montée en poussant. Quelques grammes de graisse en moins (les motos ont beau être légères, c'est pas des vélos), on arrive en haut de la côte et on peut redescendre sur Kaza. Après le plein, ma moto marche de nouveau parfaitement. C'était donc (heureusement) le manque d'essence qui nous a causé ces problèmes, et rien d'autre.


Le lendemain matin, on repart à 6h30 en espérant que les autres ont pu réparer. Cette fois-ci, nous ne sommes pas du tout pressés, donc on en profite pour s'en mettre plein les yeux. Ce matin-là, grâce à une lumière superbe, j'ai vu parmi les plus beaux paysages de ma vie.

De retour à Losar, on retrouve le reste de l'équipe qui a trouvé quelqu'un pour effectuer la réparation (j'ai oublié de préciser que le garage nous avait donné les mauvais outils), donc tout est bien qui finit bien.



Le retour était semblable à l'aller, avec cette fois nos motos totalement domptées, donc pas la peine de s'étaler. On est finalement rentré samedi soir à Manali, ce qui nous a laissé le lendemain pour visiter les environs et se balader dans Vashisht, petit village, avec son "World Peace Cafe", sa "Ski & Snowboard School, with French and Swiss guides" et ses sources d'eau chaude. Enfin, après 15 heures de bus, on arrive lundi matin à Delhi, presque à l'heure pour les cours du matin!

dimanche 2 septembre 2007

Un bol d'air, et au charbon!

Après quelques jours de silence, me revoilà! Après les réjouissances du week-end passé, je rechute... dans les examens! Eeeeeeh oui, il y a un certain décalage horaire entre les calendriers indien et suisse... C'est actuellement les minors tests, qui comptent en gros pour un quart de la note du semestre. En fait, on est tous assez à la bourre puisque notre horloge biologique indique encore "vacances" en ce moment. Comme mes propres examens ont fini il y a à peine 6 semaines, la pression pour travailler s'est fait bien attendre pour venir. En plus, le minimum légal pour valider une matière est de 30 sur 100 : on se dit qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat!

Néanmoins, on peut très vite se prendre 4 sur 25 si on n'est pas prêt : ici, les épreuves ne sont en général pas faites pour que la moitié de la classe au minimum ait deux tiers des points, comme c'est le cas à l'EPFL. Il suffit donc que les notes de cours soient incomplètes et foireuses, qu'il y ait trop peu de séries d'exercices et que les bouquins soient introuvables pour se ramasser!

Je vous ai déjà dit que les Indiens étaient serviables. En voici un exemple : hier je bossais pour mon examen d'aujourd'hui et j'avais des trous dans mes notes. J'ai donc appelé un pote, Yash, pour que je puisse faire quelques photocopies des notes qu'il s'était procurées. Je l'appelle et on se donne rendez-vous. De mon côté, je m'attendais à ce qu'il me file un cahier et que je doive tout photocopier. Mais non, il me passe un dossier de 30 pages agrafé tout bien comme il faut et il me lance qu'il n'en a pas besoin et que je peux les garder. OK, sympa, mais ce n'est que le début.

Opportuniste, je lui demande s'il n'aurait pas un test de l'année passée à faire pour s'exercer. Il n'en avait pas sur le moment, mais on se met d'accord pour que je passe chez à son hostel pour le récupérer. Le soir, il m'appelle et m'annonce qu'il a envoyé un pote le déposer à la réception de mon hostel. Une demi-heure plus tard, le pote de Yash en question (qui est avec moi dans ce cours mais à qui je n'avais jamais parlé) toque à la porte pour me dire qu'il l'avait déposé. On va le chercher et il en profite pour me parler d'un deuxième livre que le prof recopie et que je n'avais pas. Je lui réponds que si ça vaut la coup, j'irais l'acheter le lendemain. Mais non, il me dit qu'il connaît des gens dans mon hostel et qu'il pourrait me trouver le bouquin. Aussitôt dit, aussitôt fait : dix minutes plus tard, il arrive avec le livre! Mais ce n'est pas encore fini.

J'avais entre temps jeté un coup d'oeil au test et je lui ai dit qu'un exercice était franchement obscur (le prof l'avait fait au tableau, mais pas très bien, comme d'hab'). Et sur le champ, il me demande de quoi écrire afin qu'il puisse faire l'exercice. Après 5 minutes, c'était limpide!

Sur le moment, j'en revenais pas et à la fin, je me sentais presque embarrassé qu'il prenne tout ce temps, alors qu'on ne se connaissait pas du tout et que je n'avais rien à lui offrir... Cerise sur le gâteau, un des exercices du livre qu'il m'a recommandé de faire est tombé cet après-midi dans le test!

Assez dit sur les études, je passe maintenant au week-end à Shimla.


Jeudi soir, après une bonne heure de rickshaw dans la circulation, on arrive à la gare de Old Delhi. Le transit et l'attente y sont apparemment importants : plein d'Indiens sont couchés par terre, à même le sol, certains en train de faire la sieste. Juste à côté, avant l'accès aux quais, il y a le """contrôle de sécurité""". En français, ce sont deux détecteurs de métaux comme dans les aéroports, à part qu'ils sont en bois. Évidemment, il y a suffisamment de place à côté pour qu'un attelage de boeufs puisse passer. Dans ma bonne conscience de touriste inoffensif, je décide quand même d'emprunter un des détecteurs. En m'approchant, je fais un peu attention : sur toutes les personnes devant moi, un voyant lumineux rouge STOP s'allume. Évidemment encore, personne ne s'arrête et les gardes ne bronchent pas. Voilà pour la sécurité à l'indienne!

Arrivés dans notre wagon Sleeper, on tombe sur un vieil Indien très sympa qui se met aux petits soins pour nous : il nous propose d'aller dans un compartiment voisin vide pour qu'on ait plus de place, il nous explique des trucs sur le trajet et notre destination etc. En montant sur ma couchette, je vois une petit boîte de nourriture et je demande à lui et un de ses amis si ça leur appartient. Ils me répondent que non et me disent de la jeter par la fenêtre. En bon Occidental, j'hésite à le faire, ce sur quoi il me la prend des mains et la balance par la fenêtre, en m'expliquant avec un grand sourire qu'ici, poubelle et fenêtre ne font qu'une! Quelques instants plus tard, son pote qui avait fini son thé me fait signe, sort la main par la fenêtre et lâche le gobelet en plastique en me disant dans un grand éclat de rire : "In India, you are free!". À voir la quantité de déchets au bord des voies, j'allais pas le contredire... Voilà pour la rubrique écolo!

On arrive à 4h45 au terminus, Kalka, ville où la largeur des voies diminue pour les trains de montagne. Malheureusement, un segment de la voie du petit tchouk-tchouk de Kalka à Shimla a été emporté 10 jours auparavant par un glissement de terrain, ce qui nous force à prendre le bus. Après quelques émotions sur la route de montagne, on arrive à Shimla. Question pente, la ville bat de loin Lausanne... On ne s'en rend pas compte, mais on est à 2200 mètres d'altitude, donc on souffle un peu pour arriver à notre hôtel en haut de la ville. Ce week-end, c'était champagne : chambres (presque) propres, télévision 25 pouces (grand format par ici!) et... eau chaude! Le tout pour 500 roupies (= 16 francs) les 2 nuits.


L'ambiance est bien différente de Delhi : l'air est frais et peu humide, il n'y a pas de moustiques, la ville est presque sans voitures à cause de la pente, donc pas de klaxons et une atmosphère carrément reposante. Shimla a été adoptée par les Britanniques en 1819 et est devenue en 1864 la capitale d'été du British Raj (la domination britannique). L'été, le gouvernement qui siégeait à Delhi ou Calcutta se déplaçait dans cette petite ville (150'000 habitants aujourd'hui) perchée sur une crête de montagne. Les maisons dans le style britannique sont encore nombreuses mais certaines sont complètement délabrées. Entre temps la vie indienne y a repris ses droits : la ville est colonisée par des singes, les petites échoppes font face aux imposantes maisons en pierre et la statue de Gandhi côtoie une église pleine de plaques commémoratives pour des soldats anglais décédés en Inde.

On s'est surtout baladé dans la ville (qui possède peu de monuments mais est très agréable) ou hors de la ville (chutes d'eau à 30 minutes d'une université qui offre un MBA (!) et un village paumé dans la vallée). Le spectacle des chutes d'eau était typiquement indien : on lève la tête pour admirer une magnifique cascade d'une soixantaine de mètres, mais dès qu'on se retourne, on voit l'accumulation des ordures en tout genre charriées par la rivière. Dans la nature elle-même, les extrêmes cohabitent... La route vers le village paumé était riche en émotions : 2h30 de bus pour faire 50 kilomètres. Ne pensez surtout pas que le chauffeur allait lentement : en dehors des arrêts, il pilotait son bus comme une voiture de rallye. Très peu de voitures nous dépassaient et le gars faisait virevolter son volant dans tous les sens dans un vacarme terrible, de quoi flanquer parfois la trouille quand le ravin est à 50 centimètres des roues... Cela dit, l'artiste maîtrisait incroyablement son bus et on ne s'est pas (trop) senti en danger. Arrivé à Tattapani (= le village paumé), on se pose et on profite du paysage. Après l'agitation d'Agra et de Delhi, ça vaut le coup!

Le dimanche, on visite le Jakhu Temple dédié à Hanuman, le dieu singe, après avoir gravi une pente assez raide. L'endroit est occupé par les singes et ces animaux n'inspirent pas du tout confiance et font parfois carrément peur. Quand tu passes devant eux, tu as l'impression qu'ils vont te sauter dessus pour t'arracher ton appareil photo. D'ailleurs, on nous a averti qu'il vaut mieux enlever ses lunettes avant d'arriver au temple. Ces animaux ont la sale habitude de grimper les touristes, de leur piquer leurs lunettes pour s'enfuir avec. Ensuite, deux options :

1) Soit le garde arrive à l'amadouer en offrant des cacahuètes en échanges des lunettes.

2) Soit, par malheur, le singe a été dressé pour les ramener à son maître à l'extérieur du site. Dans ce cas, il sera d'accord de les rendre en échange d'une dizaine de roupies.


On ne nous a pas menti : une touriste allemande a tout à coup poussé un cri. Un singe lui était monté sur le dos et lui a pris ses lunettes de soleil! Mais en échange de quelques peanuts, le singe a rendu le butin...

Dimanche, pour le retour, on a pris le petit train de montagne jusqu'à une station intermédiaire. Le trajet total fait 93 km et comporte 103 tunnels. On a fait les deux tiers du trajet en 4 heures : ça va trèèèèèès lentement mais les panoramas en valent la peine!


Ensuite, bus jusqu'à la gare et train-couchette jusqu'à Delhi. 6h15 à la gare, 7h15 au hostel, une douche et hop, à 8h en cours!