Après quelques jours de silence, me revoilà! Après les réjouissances du week-end passé, je rechute... dans les examens!
Eeeeeeh oui, il y a un certain décalage horaire entre les calendriers indien et suisse... C'est actuellement les
minors tests, qui comptent en gros pour un quart de la note du semestre. En fait, on est tous assez à la bourre puisque notre horloge biologique indique encore "vacances" en ce moment. Comme mes propres examens ont fini il y a à peine 6 semaines, la pression pour travailler s'est fait bien attendre pour venir. En plus, le minimum légal pour valider une matière est de 30 sur 100 : on se dit qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat!
Néanmoins, on peut très vite se prendre 4 sur 25 si on n'est pas prêt : ici, les épreuves ne sont en général pas faites pour que la moitié de la classe au minimum ait deux tiers des points, comme c'est le cas à
l'EPFL. Il suffit donc que les notes de cours soient incomplètes et foireuses, qu'il y ait trop peu de séries d'exercices et que les bouquins soient introuvables pour se ramasser!
Je vous ai déjà dit que les Indiens étaient serviables. En voici un exemple : hier je bossais pour mon examen d'aujourd'hui et j'avais des trous dans mes notes. J'ai donc appelé un pote,
Yash, pour que je puisse faire quelques photocopies des notes qu'il s'était procurées. Je l'appelle et on se donne rendez-vous. De mon côté, je m'attendais à ce qu'il me file un cahier et que je doive tout photocopier. Mais non, il me passe un dossier de 30 pages agrafé tout bien comme il faut et il me lance qu'il n'en a pas besoin et que je peux les garder.
OK, sympa, mais ce n'est que le début.
Opportuniste, je lui demande s'il n'aurait pas un test de l'année passée à faire pour s'exercer. Il n'en avait pas sur le moment, mais on se met d'accord pour que je passe chez à son
hostel pour le récupérer. Le soir, il m'appelle et m'annonce qu'il a envoyé un pote le déposer à la réception de mon
hostel. Une demi-heure plus tard, le pote de
Yash en question (qui est avec moi dans ce cours mais à qui je n'avais jamais parlé) toque à la porte pour me dire qu'il l'avait déposé. On va le chercher et il en profite pour me parler d'un deuxième livre que le prof recopie et que je n'avais pas. Je lui réponds que si ça vaut la coup, j'irais l'acheter le lendemain. Mais non, il me dit qu'il connaît des gens dans mon
hostel et qu'il pourrait me trouver le bouquin. Aussitôt dit, aussitôt fait : dix minutes plus tard, il arrive avec le livre! Mais ce n'est pas encore fini.
J'avais entre temps jeté un coup d'oeil au test et je lui ai dit qu'un exercice était franchement obscur (le prof l'avait fait au tableau, mais pas très bien, comme
d'hab'). Et sur le champ, il me demande de quoi écrire afin qu'il puisse faire l'exercice. Après 5 minutes, c'était limpide!
Sur le moment, j'en revenais pas et à la fin, je me sentais presque embarrassé qu'il prenne tout ce temps, alors qu'on ne se connaissait pas du tout et que je n'avais rien à lui offrir... Cerise sur le gâteau, un des exercices du livre qu'il m'a recommandé de faire est tombé cet après-midi dans le test!
Assez dit sur les études, je passe maintenant au week-end à
Shimla.

Jeudi soir, après une bonne heure de
rickshaw dans la circulation, on arrive à la gare de
Old Delhi. Le transit et l'attente y sont apparemment importants : plein
d'Indiens sont couchés par terre, à même le sol, certains en train de faire la sieste. Juste à côté, avant l'accès aux quais, il y a le """contrôle de sécurité""". En français, ce sont deux détecteurs de métaux comme dans les aéroports, à part qu'ils sont en bois. Évidemment, il y a suffisamment de place à côté pour qu'un attelage de boeufs puisse passer. Dans ma bonne conscience de touriste inoffensif, je décide quand même d'emprunter un des détecteurs. En m'approchant, je fais un peu attention : sur toutes les personnes devant moi, un voyant lumineux rouge STOP s'allume.
Évidemment encore, personne ne s'arrête et les gardes ne bronchent pas. Voilà pour la sécurité à l'indienne!
Arrivés dans notre wagon
Sleeper, on tombe sur un vieil Indien très sympa qui se met aux petits soins pour nous : il nous propose d'aller dans un compartiment voisin vide pour qu'on ait plus de place, il nous explique des trucs sur le trajet et notre destination etc. En montant sur ma couchette, je vois une petit boîte de nourriture et je demande à lui et un de ses amis si ça leur appartient. Ils me répondent que non et me disent de la jeter par la fenêtre. En bon Occidental, j'hésite à le faire, ce sur quoi il me la prend des mains et la balance par la fenêtre, en m'expliquant avec un grand sourire qu'ici, poubelle et fenêtre ne font qu'une! Quelques instants plus tard, son pote qui avait fini son thé me fait signe, sort la main par la fenêtre et lâche le gobelet en plastique en me disant dans un grand éclat de rire : "In
India,
you are
free!". À voir la quantité de déchets au bord des voies, j'allais pas le contredire... Voilà pour la rubrique
écolo!
On arrive à 4h45 au terminus,
Kalka, ville où la largeur des voies diminue pour les trains de montagne. Malheureusement, un segment de la voie du petit
tchouk-tchouk de
Kalka à
Shimla a été emporté 10 jours auparavant par un glissement de terrain, ce qui nous force à prendre le bus. Après quelques émotions sur la route de montagne, on arrive à
Shimla. Question pente, la ville bat de loin
Lausanne... On ne s'en rend pas compte, mais on est à 2200 mètres d'altitude, donc on souffle un peu pour arriver à notre hôtel en haut de la ville. Ce week-end, c'était champagne : chambres (presque) propres, télévision 25 pouces (grand format par ici!) et... eau chaude! Le tout pour 500 roupies (= 16 francs) les 2 nuits.

L'ambiance est bien différente de
Delhi : l'air est frais et peu humide, il n'y a pas de moustiques, la ville est presque sans voitures à cause de la pente, donc pas de klaxons et une atmosphère carrément reposante.
Shimla a été adoptée par les Britanniques en 1819 et est devenue en 1864 la capitale d'été du
British Raj (la domination britannique). L'été, le gouvernement qui siégeait à
Delhi ou
Calcutta se déplaçait dans cette petite ville (150'000 habitants aujourd'hui) perchée sur une crête de montagne. Les maisons dans le style britannique sont encore nombreuses mais certaines sont complètement délabrées. Entre temps la vie indienne y a repris ses droits : la ville est colonisée par des singes, les petites échoppes font face aux imposantes maisons en pierre et la statue de
Gandhi côtoie une église pleine de plaques commémoratives pour des soldats anglais décédés en Inde.
On s'est surtout baladé dans la ville (qui possède peu de monuments mais est très agréable) ou hors de la ville (chutes d'eau à 30 minutes d'une université qui offre un
MBA (!) et un village pau

mé dans la vallée). Le spectacle des chutes d'eau était typiquement indien : on lève la tête pour admirer une magnifique cascade d'une soixantaine de mètres, mais dès qu'on se retourne, on voit l'accumulation des ordures en tout genre charriées par la rivière. Dans la nature elle-même, les extrêmes cohabitent... La route vers le village paumé était riche en émotions : 2h30 de bus pour faire 50 kilomètres. Ne pensez surtout pas que le chauffeur allait lentement : en dehors des arrêts, il pilotait son bus comme une voiture de rallye. Très peu de voitures nous dépassaient et le gars faisait virevolter son volant dans tous les sens dans un vacarme terrible, de quoi flanquer parfois la trouille quand le ravin est à 50 centimètres des roues... Cela dit, l'artiste maîtrisait incroyablement son bus et on ne s'est pas (trop) senti en danger. Arrivé à
Tattapani (= le village paumé), on se pose et on profite du paysage. Après l'agitation
d'Agra et de
Delhi, ça vaut le coup!
Le dimanche, on visite le
Jakhu Temple dédié à
Hanuman, le dieu singe, après avoir gravi une pente assez raide. L'endroit est occupé par les singes et ces animaux n'inspirent pas du tout confiance et font parfois carrément peur. Quand tu passes devant eux, tu as l'impression qu'ils vont te sauter dessus pour t'arracher ton appareil photo. D'ailleurs, on nous a averti qu'il vaut mieux enlever ses lunettes avant d'arriver au temple. Ces animaux ont la sale habitude de grimper les touristes, de leur piquer leurs lunettes pour s'enfuir avec. Ensuite, deux options :
1) Soit le garde arrive à l'amadouer en offrant des cacahuètes en échanges des lunettes.
2) Soit, par malheur, le singe a été dressé pour les ramener à son maître à l'extérieur du site. Dans ce cas, il sera d'accord de les rendre en échange d'une dizaine de roupies.

On ne nous a pas menti : une touriste allemande a tout à coup poussé un cri. Un singe lui était monté sur le dos et lui a pris ses lunettes de soleil! Mais en échange de quelques
peanuts, le singe a rendu le butin...
Dimanche, pour le retour, on a pris le petit train de montagne jusqu'à une station intermédiaire. Le trajet total fait 93 km et comporte 103 tunnels. On a fait les deux tiers du trajet en 4 heures : ça va
trèèèèèès lentement mais les panoramas en valent la peine!

Ensuite, bus jusqu'à la gare et
train-couchette jusqu'à
Delhi. 6h15 à la gare, 7h15 au
hostel, une douche et hop, à 8h en cours!